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    Rencontre avec Thierry Obrist, professeur en droit fiscal

    Thierry Obrist, professeur extraordinaire de droit à l’UniNE, est un spécialiste du droit fiscal. Une matière aride ? Peut-être. Cela ne l’a pas empêché de décrocher fin 2015 le Credit Suisse Award for best teaching, un prix annuel qui récompense les bonnes pratiques pédagogiques.

    D’un professeur et avocat fiscaliste, on ne s’attend pas nécessairement à ce qu’il se passionne pour la Constitution, les droits de l’homme et écoute du hip hop à ses moments perdus. Preuve qu’il faut toujours se méfier des étiquettes.

    Thierry Obrist, vous avez été récompensé en 2015 pour votre travail pédagogique dans le cadre d’un cours de droit fiscal suisse. En quoi votre approche est-elle particulière ?

    De par l’utilisation de nouvelles technologies mises à disposition par le Secteur qualité de l’Université. En l’occurrence, le fait de filmer tous mes cours. Et lorsque les étudiants visionnent les vidéos, ils peuvent déposer des questions sur une timeline. Mes assistants et moi recevons alors une notification et répondons. Les étudiants mettent le doigt sur des choses qui ne sont pas claires pour eux, ce qui nous permet de revenir sur ces points.

    L’avantage de cette démarche, c’est que je donne donc quand même le cours, avec cette proximité qui est chère à Neuchâtel, mais qu’en plus, les étudiants qui n’ont pas pu venir ont la possibilité de le suivre à distance et même de poser des questions. En période de préparation d’examens, ces vidéos sont aussi très suivies. Elles sont publiées sur le portail Claroline et non sur un site public, car elles sont exclusivement destinées aux étudiants.

    Un cas unique à Neuchâtel ?

    La technologie existe aujourd’hui dans les quatre facultés. J’avais été « désigné volontaire » pour un projet pilote, un collègue l’employait déjà et maintenant d’autres professeurs vont s’y mettre.

    Le métier de vos rêves lorsque vous étiez enfan t ?

    En fait, j’ai toujours voulu être avocat. Une envie qui m’est venue, je pense, en voyant des scènes de cour de justice dans des films, avec de belles tirades : j’aime les lettres, la littérature. Après avoir passé mon brevet d’avocat, je me suis rendu compte que le côté conflictuel n’était pas ce qui me convenait le mieux et que je préférais la dimension affaires, ou arrangeur d’affaires. Le fait de trouver des solutions, de négocier. La négociation plutôt que l’attaque. C’est à ce moment que je me suis tourné vers le droit fiscal.

    Ce qui vous passionne dans votre discipline, c’est donc justement cette recherche de consensus ?

    Oui. A côté de ma fonction de professeur, je suis avocat fiscaliste. Un métier où l’on n’est justement pas dans le conflit, mais bien dans la négociation : on préfère prévoir plutôt que devoir réparer. Le droit fiscal, c’est vraiment l’un des domaines du droit où il s’agit de chercher des solutions. Avec ses clients d’abord, puis avec l’autorité fiscale. Le but n’est pas de tricher, mais de montrer clairement ce qu’il y a derrière une transaction et de trouver ensemble un consensus.

    Lors de votre leçon inaugurale en 2015, vous avez notamment évoqué « les interactions parfois inattendues entre la fiscalité et les droits de l’homme, ces deux domaines différents mais finalement pas si éloignés ». C’est-à-dire ?

    C’est une autre raison pour laquelle j’aime le droit fiscal : il concerne tout le monde. Même si en général on n’aime pas payer ses impôts, chacun, par la force des choses, s’y intéresse. Il y a en plus dans cette matière une dimension interdisciplinaire : on n’est beaucoup moins dans les chiffres qu’on pourrait le croire. On touche au droit des sociétés, au droit matrimonial, au droit administratif. Et il y a un vrai lien avec le droit constitutionnel.

    En Suisse, le droit fiscal a des normes qui ne sont pas toujours très précises : on travaille beaucoup avec des principes généraux, qui figurent justement dans la Constitution. Et les droits de l’homme font partie des droits constitutionnels. Pour le coup, deux domaines apparemment assez éloignés – car les droits de l’homme n’ont pas été inventés spécifiquement pour protéger fiscalement le contribuable ! – ont des liens. Par exemple, la notion d’égalité de traitement, ou celles de droit à la vie privée et à la famille, de droit de la propriété. Qu’on le veuille ou non, l’Etat prend une partie de la propriété des individus et la viole pour la partager avec d’autres personnes. Dans un but louable bien sûr, mais tout de même, le droit de la propriété est touché !

    Un livre qui a participé à vous construire ?

    Je pourrais citer « Le Petit Prince » de Saint-Exupéry. Mais aussi « L’étranger » ou « La Peste » de Camus – j’aimais beaucoup Camus à l’époque. Molière aussi, et Voltaire, « Zadig », « Candide ». Ce sont des livres dont je me rappelle bien, qui ont donc marqué mon adolescence.

    Quel est le moteur qui vous anime dans le cadre de votre enseignement ?

    La volonté de faire passer quelque chose qui à priori est perçu comme compliqué. Il y a des aspects très techniques dans le droit fiscal. J’aime les disséquer, les envisager élément par élément, pour parvenir à mieux les faire comprendre. Lorsque les étudiants saisissent des concepts difficiles, il y a une vraie satisfaction.

    La musique que vous avez envie d’écouter en regardant un paysage défiler ?

    J’aime beaucoup Aaron et la chanson française qualifiée un moment de « nouvelle vague », comme Fauve. J’écoute pas mal de hip hop français aussi, mais plutôt d’anciens groupes.

    En passant, lors du premier cours de droit fiscal, je fais toujours écouter à mes étudiants « Rap tout » des Inconnus. Déguisés en vampires, ils énumèrent toutes les taxes qui peuvent être prélevées ! Pour une introduction à la question fiscale, ça tombe assez bien !

    Un moment particulièrement fort pour vous dans le cadre universitaire ?

    Cela peut être perçu comme un cliché, mais je pense que les remises de diplômes sont de très beaux moments. J’essaie d’y aller chaque année, parce que voir ses étudiants, dont certains qu’on a bien connus, dans ce contexte, bien sapés, recevant leur diplôme dans une grande salle comble, c’est un moment fort. Et je me remets à leur place : je me souviens de ce moment où j’ai été appelé, mes parents étaient là, on était tous sur scène… Oui, c’est un moment important.

    Interview UniNE 2016

    Bio express

    Thierry Obrist, Professeur extraordinaire en droit fiscal, a suivi des études de droit à Bâle, Milan et Fribourg (bachelor et master). Après l’obtention du brevet d'avocat dans le Canton de Berne (2009), il décroche à l'UniNE un executive MAS/LL.M. in International Taxation en 2011 et un doctorat en droit (summa cum laudae) en 2012, après un séjour de recherches scientifiques à Amsterdam. Thierry Obrist travaille, publie et enseigne en anglais, allemand et français.

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